"Et pourtant communiste !", le livre témoignage de François Asensi


"Et pourtant communiste !". 
Le titre à lui seul veut tout dire du déchirement vécu par bon nombre de communistes au détour des années 80. 
"Et pourtant", un cri du cœur qui prouve que malgré la purge subie par ceux (dont François Asensi) "qui réclamaient un parti révolutionnaire de type nouveau" beaucoup sont demeurés fidèles au PCF et ont poursuivi leur route politique...

Les convictions de François Asensi (député et maire de Tremblay-en-France, en Seine-Saint-Denis, pendant 36 ans) n'ont jamais fléchi après son limogeage "organisé" de la présidence de la Fédération de Seine-Saint-Denis et du Comité central  du PCF. Nous sommes en 1984-1985, le parti communiste qui flirtait en 1981 avec 15% des suffrages était tombé aux Européennes de 1984 à 11,5%. Un rabotage annonciateur d'une chute à venir qui se vérifiera.

Jean Elleinstein dès 1970

Dès les années 1970, un intellectuel communiste, Jean Elleinstein, avait émis des réserves sur le fonctionnement du parti en même temps qu'il réclamait une distanciation avec l'URSS avec l'oreille complaisante de Georges Marchais. 
Mais ses idées allaient être jugées trop critiques : "démocratisation des instances", "socialisme aux couleurs de la France", "communisme à visage humain", "dénonciations libres d'autres partis communistes à travers le monde", etc.
Jugé sans doute trop subversif, Jean Elleinstein sera en janvier 1980 exclu du PCF. Motif : "il se serait lui-même mis hors parti".

François Asensi a connu la même mise à l'écart avec le soutien de camarades (proches de la direction de l'époque) convaincus qu'il n'avait pas sa place dans les instances dirigeantes... 
Pour lui et ses amis qui posaient la question essentielle de savoir "Qu'est-ce que ça veut dire d'être communiste au XXè siècle", la réponse passait par "plus de plus démocratie", "un besoin de dialogue interne" et "la nécessité que tous les courants soient exprimés". 

"La direction avait opté pour l'affrontement et nous ne nous attendions pas du tout à ça",
écrit-il désappointé.

Démission en 2010

À la question posée par le journaliste Valère Staraselski sur la manière dont il a vécu son exclusion, il avoue : "Ça a été très violent. Très douloureux. (...) Je ne pouvais pas admettre d'être un mauvais communiste ou, pire, un renégat". Il parviendra à surmonter cette épreuve grâce à la confiance des militants. 

En 2010, après une carrière bien remplie dont on lira ci-dessous le détail sous la plume du journaliste Philippe Lacoche, il démissionne du PCF.  Il a 64 ans, soit 48 ans après son premier engagement en politique au sein du mouvement des Jeunesses communistes. 

Le PCF a réuni 2,28% des suffrages à la présidentielle de 2022.

                                                                                                R.A. 

 

Philippe Lacoche : 
François Asensi, un maire exemplaire

François Asensi (à gauche sur la photo ci-dessous en compagnie de Valère Staraselski), a été pendant trente-six ans député et maire de Tremblay-en-France, en Seine-Saint-Denis. Dans un récit autobiographique, ce fils de Républicains espagnols raconte son parcours dans le cadre de la difficile fonction d’élu local.

Il est rare qu’un maire soit interpellé par des jeunes dans un quartier par ces mots : « Bravo pour ce que vous faites pour nous, Monsieur le maire ! ». Il est tout aussi rare qu’un élu local de la banlieue du Nord de Paris soit classé, en 2023, par la fondation The City Mayors, parmi les dix meilleurs maires du monde. Ce maire, c’est François Asensi, fils de Républicains espagnols, député et maire de Tremblay-en-France, en Seine-Saint-Denis, pendant trente-six ans, membre de la direction nationale du Parti communiste français, élu secrétaire, à l’âge de 34 ans, de la plus importante fédération communiste du pays, avant d’en être limogé en 1985.

Ce limogeage fut, pour lui, douloureux. Sans fard et avec franchise, il en parle notamment dans l’ouvrage qu’il publie aujourd’hui. En compagnie de l’écrivain et journaliste Valère Staraselski (qui, il y a quelque six mois, a sorti un roman puissant, audacieux et inspiré, Les passagers de la cathédrale, aux éditions du Cherche-Midi), il nous donne à lire un percutant récit autobiographie qui, avec panache et style, ne mâche pas ses mots : Et pourtant communiste ! (éd. Télémaque).

Fils d’un tailleur de pierre

Sa vie, ses combats, ses victoires, ses joies mais aussi ses désillusions, François Asensi raconte tout dans son récit. Né le 1er juin 1945 à Santander, en Espagne, d’une mère ouvrière spécialisée et d’un père tailleur de pierre, il rend d’abord un bel hommage à ces derniers. Son père, arrivé en France à 18 ans, rejoindra les Brigades internationales jusqu’à leur dissolution. 

François Asensi dévoile son enfance dans le quartier populaire du Landy entre les villes d’Aubervilliers et de Saint-Denis ; il conte par le menu sa pratique du sport, en particulier au sein de la Fédération sportive et gymnique du travail (FSGT) ; il détaille la rencontre avec la femme de sa vie, celle qui deviendra son épouse, Marie-Françoise, lors d’un voyage à Prague (il a 17 ans ; elle en a 15). Il nous présente aussi le destin émouvant de sa tante maternelle Angèle Martinez Koulikoff, résistante dès l’âge de 17 ans, déportée dans des conditions abominables. 

Ces expériences, ces événements, ces épreuves feront de François un antifasciste convaincu. A 16 ans, il effectue ses premiers pas de militants en luttant contre la guerre d’Algérie. Il adhère à la Jeunesse communiste ; il en prend la direction nationale, poste qu’il quittera en 1975 pour devenir premier secrétaire de la fédération de Seine-Saint-Denis, puis suppléant du président du groupe communiste à l’Assemblée nationale, Robert Ballanger, qui, selon lui « avait la dimension d’un homme d’État. » 

Il ne cache pas les difficultés rencontrées, les déceptions au sein même du PCF ; il se réjouit du soutien sans faille que Jack Ralite témoigna toujours à son endroit. Un parcours exemplaire, un destin, celui d’un élu national mais aussi et surtout d’un élu local, adepte de « la démocratie en première ligne ». François Asensi devint maire de Tremblay-en-France le 7 avril 1991 ; il ne cessera d’agir pour l’écologie (Tremblay-en-France est une agréable ville exceptionnellement verte tant dans ses quartiers que dans son centre) ; il œuvrera tout autant pour la justice sociale. Ce récit autobiographique est éclairant et passionnant.

                                                                        Philippe LACOCHE (*)

Et pourtant communiste !, François Asensi (avec Valère Staraselski) ; éd. Télémaque ; 247 p. ; 19 €.

(*) Dernier livre paru : Liberté Express, aux éditions des Soleils bleus ; à paraître en octobre 2026 : Liberté Express, chez le même éditeur.





Commentaires

Articles les plus consultés